Parce que la Marche des Fiertés de Paris nous appartient à toutEs – Parce que 2018 méritait une Pride revendicative et non un pinkwashing

Publié le Mis à jour le

Non, cette année 2018, FièrEs ne défilera pas derrière la banderole officielle de la Marche des Fiertés de Paris. Cette année, FièrEs appelle à la constitution d’un cortège de tête, radical, antiraciste, anticapitaliste et féministe, contre le pinkwashing et la récupération de nos luttes.  Non, FièrEs ne sera pas une caution féministe et radicale apportée à une marche par ailleurs réactionnaire. Non, nous ne défilerons pas derrière ce mot d’ordre indécent. Non, nous ne légitimerons pas l’appui de la Marche des Fiertés aux politiques gouvernementales : nous ne serons pas l’instrument de ce pinkwashing généralisé.

Nous entendons faire connaître, cette année, notre intention d’ouvrir un large débat sur l’organisation de la Marche des Fiertés de Paris, pour faire cesser ce hold-up annuellement renouvelé qui oblige chacunE à défiler et à adhérer symboliquement à un mot d’ordre unique, choisi en vase clos.

A propos de ce mot d’ordre : nous ne remettons pas en question la portée émancipatrice du sport, ni le travail des associations sportives dans la lutte contre les discriminations. Nous sommes par contre accabléEs par ce choix de prioriser les Gay Games et de s’en tenir à la sacro-sainte « lutte contre les discris » au vu du contexte politique actuel. Le choix de ce message (« Les discriminations au tapis, dans le sport comme dans la vie #lesdiscrisautapis »), révélateur des petits arrangements entre amis avec les Gay Games, est affligeant et décourageant quant à l’avenir d’une inter-associative qui se prétend représentative de nos communautés LGBTQI.

Au regard de l’année qui vient de s’écouler, qui ne manque pas de sujets d’indignation et de revendications, d’autres choix s’offraient pourtant :

– La PMA : nous avons eu à subir cette année le choix du gouvernement de ne pas ouvrir la PMA à toutEs, de laisser place à un débat « éthique » sur la PMA qui a permis de libérer une parole lesbophobe et transphobe tout en rassurant l’Eglise sur sa place dans ce débat, dans un contexte de suppression de subventions aux associations LGBTQI dans certaines régions.

– La loi Asile-Immigration : une loi nationaliste et raciste qui vise à réduire le droit à l’asile et met en danger de mort toutEs les migrantEs, y compris les migrantEs LGBTQI.

– L’arrêt des mutilations et des traitements hormonaux imposés aux personnes intersexes, question qui n’a même pas été soulevée lors de l’annonce de ce mot d’ordre qui portait pourtant sur les discriminations dans le sport

– Dans un contexte de lutte contre la loi Orientation et Réussite des EtudiantEs (ORE), qui s’inscrit dans une politique ultra-libérale et qui sera subie par les plus précaires des jeunes, parmi lesquels les jeunes filles, les jeunes LGBTQI, les jeunes en situation de handicap, les jeunes des quartiers populaires, les jeunes de classe populaire, il est difficilement justifiable quand on prétend se soucier des jeunes LGBTQI de faire l’impasse sur ce sujet.

– De même, nous avons aussi cette année appris l’annonce du rétablissement du service national universel obligatoire, promis par le Président, qui aura des conséquences désastreuses sur les jeunes, en particulier pour les jeunes LGBTQI.

– Comment passer sous silence le discours raciste et homonationaliste ambiant, assorti de sexisme, qui lui aussi atteint des sommets, en s’illustrant par l’acharnement médiatique et politique à l’encontre des femmes voilées et tout récemment à l’encontre d’une étudiante voilée de 19 ans. A cette occasion et dans un contexte où cette militante était sommée de se positionner en faveur du mariage pour toutEs et de la PMA parce que voilée, la secrétaire d’Etat Marlène Schiappa (qui comme l’année dernière, sera certainement présente à la Marche des fiertés de Paris) a tenu à mettre publiquement en opposition le port du voile et les « valeurs d’égalité ». Nous ne pouvons rester silencieuSEs sur la question.

– La violence de la répression policière et judiciaire à l’encontre du mouvement social et étudiant marque également un pic cette année. Ne pas se positionner sur cette question dans le cadre de nos luttes LGBTQI nous semble être un non-sens historique et une faute politique.

– Enfin, il nous tient à cœur de rappeler qu’AUCUN mot d’ordre, depuis l’existence de la Marche des Fiertés de Paris, n’a mis en avant la lutte contre le sida. C’est un fait, un oubli et un silence encore une fois appuyé par le choix de l’Inter-LGBT.

Parce que la Marche des fiertés appartient à touTEs, nous avons notre mot à dire sur la ligne politique qu’elle revendique. Il nous est insupportable que la Marche, qui prétend nous représenter, devienne le soutien officiel, même tacite, de la répression étatique, du racisme et du néolibéralisme du gouvernement, d’une politique de la Ville excluante.

Comme chaque année, la Marche des Fiertés de Paris sera ouverte par un « carré de tête » VIP composé de responsables associatifVEs, mais surtout de personnalités politiques qui profitent de cette médiatisation, qui porteront tout sourire pendant 15 minutes (le temps de la photo) une banderole censée représenter le message politique prioritaire de la Marche. Comment offrir un pinkwashing à une Mairie qui laisse installer partout dans sa ville du mobilier anti-SDF ? Comment serrer les mains des mêmes personnes qui oeuvrent à gentrifier la ville de Saint-Denis en vue des JO de 2024 ? Nous refusons de valider et de légitimer avec l’Inter-LGBT la politique gouvernementale ainsi que celle de la Ville de Paris en défilant derrière les éluEs du carré de tête qui, à cette occasion, profitent de l’image de la Pride pour redorer leur blason.

« If I can’t dance, I don’t want to be part of your revolution »

Cette phrase attribuée à Emma Goldman, faisons-la nôtre. Elle représente à elle seule ce que pourrait être notre Marche des Fiertés. Les Marches des Fiertés, à Paris, comme ailleurs, permettent à des millions de personnes de se connecter les unes aux autres par la danse, par la musique. Pour certainEs (et surtout les plus jeunes) ces marches offrent une respiration, sauvent du quotidien et de l’isolement. Parfois, elles sauvent nos vies.
Alors non, nous ne sapons pas la Marche des Fiertés quand nous affirmons être consternéEs par sa dépolitisation et par son organisation monolithique. Au contraire, nous défendons son esprit, l’esprit des émeutes de Stonewall, l’esprit de Marsha P. Johnson, Sylvia Rivera, Stormé DeLarverie et Ray Castro, qui ont osé affronter la police sous la répression, et n’auraient jamais dansé sous le char du Flag. Nous défendons l’idée qu’il est nécessaire et salutaire de se servir de l’opportunité de la Marche des Fiertés pour faire entendre toutes les voix, aussi bien les voix festives et conviviales que les voix radicales et marginalisées.

Non, nous ne sapons pas la Marche des Fiertés en critiquant son partenariat avec des entreprises multinationales telles que Mastercard ou Tinder, qui paient leur pinkwashing quelques milliers d’euros seulement, bénéficieront le 30 juin d’une visibilité précieuse et profitent dans l’ordre de marche de meilleures places que des associations historiques de lutte contre le sida comme Aides ou Act-up.

Nous invitons toute personne partageant ces analyses à ne pas défiler derrière la banderole de l’Inter-LGBT, mais à nous rejoindre, avec ses propres messages, en tête de cortège, devant le « carré de tête ». Ne laissons pas neutraliser nos luttes, et montrons un front commun de désaccord avec la ligne défendue jusqu’à présent.
Il ne suffira pas d’un texte pour nous faire comprendre. Il ne suffira pas d’une marche, ni d’un cortège de tête. Il est temps qu’une réflexion ambitieuse et commune voie le jour pour mettre fin à l’hégémonie institutionnelle de la Marche, pour mettre fin à son accaparement par des militantEs qui servent la soupe aux politiques.

RDV ce samedi 30 juin, 13h30, en tête de cortège de la Marche des fiertés de Paris, ce cortège sera menés par des LGBTQI raciséEs en non mixité. Merci aux personnes blanches de se placer derrière elleux.

Les groupes, associations, collectifs et personnes souhaitant se joindre à l’appel inter-associatif et au cortège de tête peuvent nous contacter via Facebook (Stop au Pinkwashing – Pride 2018), Twitter (@SPinkwashing) ou mail (cortegedetetepride@gmail.com) et via le hasthag #PasDePinkwashingDansNosFiertés.

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