Yes, All Cis Men !

Publié le Mis à jour le

Avec le mouvement #MeToo, les femmes et/ou personnes trans ont massivement montré que les violences sexuelles ne touchaient pas seulement certaines d’entre elles. Au contraire, chacun.e d’entre nous, ou presque, a vécu, vit ou vivra ce type d’expérience.

Alors qu’une partie de la société semble avoir intégré cette information, son corollaire a beaucoup plus de mal à être entendu : si presque toutes les femmes et/ou personnes trans ont subi des agressions sexuelles ou des viols, cela signifie qu’il y a autant d’hommes cis¹ qui les ont commis. Bien que prévisibles, les réactions suscitées par le #Balancetonporc ont montré que s’il était déjà dérangeant qu’elles disent « Me too », il est insupportable de les voir “balancer leurs porcs”.

Il aurait été tellement plus facile de n’admettre que le Viol avec un grand V. Celui qu’on construit comme un mythe, exceptionnel, quasi accidentel; celui qu’on fantasme; celui dont on est victime mais qui n’est commis par personne ou alors par quelques hommes, racisés, marginaux ou précaires, dans une ruelle sombre tard le soir. Un viol qui ne remet aucun système en question.

Grâce à toutes celles et ceux qui ont crié « Me too » ou qui ont “balancé leurs porcs”, le mythe a pris l’eau.

Certain.e.s se sont alors aperçu.e.s que les « porcs » ne collent pas à ce cliché, qu’ils sont divers et surtout, qu’ils sont très nombreux. Que le viol n’a malheureusement rien d’exceptionnel. Que ce n’est pas par hasard si le viol touche massivement les femmes : il est l’expression et l’instrument de la domination. Il vise à perpétuer l’ordre hétéropatriarcal, la suprématie blanche et une domination de classe. C’est pour la même raison que des hommes trans, des gays, des hommes racisés, mais aussi des enfants en sont la cible. Et c’est pour cette raison que l’écrasante majorité des agresseurs, a en commun le fait d’être des hommes cis.

Les violeurs, les agresseurs ce sont ceux qui font semblant de ne pas entendre, ceux qui font mine de ne pas comprendre, ceux qui insistent; ceux qui empêchent leurs victimes de dire non; ceux qui font comme si la dépendance économique de leurs partenaire leur laissait le choix; ceux qui pensent ne pas avoir l’intention de dominer, mais qui ont bien l’intention d’arriver à leurs fins, quoi qu’il en coûte; ceux qui ne se remettent et ne se remettront jamais en question, persuadés d’être des « mecs biens ». C’est ce ministre, ce jeune cadre bien blanc, ce mec “bien sous tous rapports”, celui qui n’a pas conscience de violer et qui tombe des nues quand il apprend qu’il est un « porc », c’est celui qui se trouve mille excuses; c’est ton fils, ton père, ton frère, ton pote.

Alors, YES ALL CIS MEN.

Dans notre société patriarcale, ce sont tous les hommes cis qui bénéficient, qu’ils en aient conscience ou non, de cette position de pouvoir dans les rapports sexuels. Cette idée leur étant insupportable, et pour porter secours à tous les « porcs », il a fallu chercher des explications, des excuses. Ils se sont alors empressés de parler de « zone grise ». Cette zone qui leur permet de violer sans être coupable, parce que « la situation n’était pas claire » sans que jamais on ne leur demande pourquoi ils ont besoin d’érotiser le doute, l’ambiguïté et la violence.

Pourtant la situation est claire : depuis la naissance, nous sommes sommé.e.s d’être des femmes, d’être hétérosexuelles, d’être cisgenres; nous sommes préparé.e.s à vivre notre sexualité dans un rapport tacite de domination où les rôles genrés sont bien définis, où rien ne passe sans l’aval des hommes cis. C’est aux femmes de consentir, quand eux-seuls veulent, désirent et obtiennent. Le mot même de consentement révèle une sexualité pensée pour les hommes, sans que la volonté et le désir des femmes n’y aient leur place.

La culture du viol n’est ni plus ni moins qu’un avatar du patriarcat. La culture du viol fait partie d’un système qui dépossède de leur corps celles et ceux qui sortent de la norme masculine, cisgenre, hétérosexuelle et blanche. Nos corps ne nous appartiennent pas. Comment s’étonner alors que des femmes défendent ce système² ?

Mettre fin aux violences sexuelles, c’est mettre fin à l’hétéropatriarcat; c’est reconnaître le caractère systémique de ces violences et c’est répondre aux « Not all men » par « YES ALL CIS MEN».

 

¹Cisgenre : personne dont le genre correspond à celui qui lui a été assigné à la naissance

²Nous défendons une liberté d’importuner, indispensable à la liberté sexuelle”, Le Monde, 09 janvier 2018

 

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