[Tribune] PMA : nous n’y renoncerons pas

Une tribune de FièrEs et L’autre maman publiée sur le blog de Mediapart

Interviewée par le magazine Elle en réaction au rassemblement du 6 janvier en faveur de la procréation médicalement assistée (PMA) pour toutes les femmes, Dominique Bertinotti a donné des réponses qui ne nous ont pas seulement laissées perplexes : elles nous ont aussi révoltées par leur manque de sincérité et leur fondement discriminatoire.

Dans cette interview, Madame la ministre – qui vous revendiquez ministre de « toutes les familles » –, vous affirmez au sujet de la PMA: « Notre société a besoin d’apaisement. […] Rien ne serait pire qu’une succession de présupposés qui ne feraient que diviser plus profondément notre société. »

Au nom d’un apaisement illusoire, femmes, résignez-vous, et faites-vous une raison : l’égalité attendra.

Alors, nous vous demandons aujourd’hui très sincèrement : nous pensez-vous assez naïves, Madame la ministre, pour ne pas comprendre la stratégie électoraliste du gouvernement qui, à quelques mois des municipales, se cache grossièrement derrière cette volonté d’apaisement ?

Laissez-nous enfoncer pour vous cette porte pourtant déjà ouverte : les pressions exercées par les « anti-égalité » ne disparaîtront pas. Cette frange nauséabonde de réactionnaires qui se plaisent à attaquer systématiquement toutes celles et ceux qui ne leur ressemblent pas et qu’ils jugent inférieurs a malheureusement toujours existé.

Nous avons une information étonnante et exclusive à vous donner à leur propos : ces assoiffés de haine n’ont jamais voté et ne voteront jamais pour vous, ils ont fait de l’intolérance leur signe de reconnaissance et leur identité.

Vous avez peur que l’ouverture de la PMA à toutes les femmes attise une nouvelle vague de contestation, nourrie de préjugés lesbophobes et sexistes. Nous pensons quant à nous que le silence assourdissant du gouvernement sur ces questions, en lieu et place d’un discours fort et pédagogique, notamment de la part du président Hollande, continue de légitimer les propos violents et discriminants.

À chaque fois que vous repoussez le projet de loi sur la PMA, vous vous rendez complice d’un sexisme ordinaire qui dénie la capacité des lesbiennes et des femmes célibataires à élever des enfants sans père. Avec la PMA pour toutes, ne parle-t-on pas une fois de plus du droit des femmes à disposer de leur corps et de choisir de faire un enfant si elles le veulent, et quand elles le veulent ?

À chacun de ses reculs sur la PMA, le gouvernement nous dit : ce choix ne vous appartient pas.

L’absence de prise de position claire, ou d’un calendrier annoncé de débats, constitue un appel d’air à la diffusion de contre-vérités sur la réalité de la PMA telle qu’elle existe aujourd’hui, et pourrait exister demain en France. Pour exemple, 20 000 enfants naissent chaque année après une PMA, et 10% des PMA pratiquées concernent déjà des situations d’infertilités dites sociales, c’est-à-dire non liées à des pathologies diagnostiquées (1). Ouvrir la PMA aux couples de femmes et aux femmes célibataires ne changerait donc rien aux conditions d’accès qui la régissent, hormis la fin d’une discrimination uniquement fondée sur l’orientation sexuelle et le patriarcat.

Madame la ministre, vous nous exposez également le contenu de votre projet de loi sur l’« adoption, sur l’accès aux origines des enfants, sur les droits du beau-parent, sur la médiation en cas de séparation ». Selon vous, il ne faut pas « subordonner ces sujets essentiels à celui de la PMA ».

Doit-on comprendre que les sujets concernant les familles homoparentales ne sont pas suffisamment « essentiels » pour figurer dans ce projet ? Votre loi portera entre autres sur les droits du beau-parent. Qu’en est-il de la question de la filiation, qu’en est-il du statut de la mère sociale, parent à part entière, d’un enfant né d’une PMA ? Lorsque, interrogée sur les motifs de l’absence de la PMA pour toutes dans votre loi, vous répondez faire une loi pour « la protection et la sécurité de l’enfant », nous nous interrogeons sur le sens de cette réponse. Doit-on comprendre que les familles homoparentales existantes sont composées de citoyennes et de citoyens de seconde zone, au point que leurs enfants ne puissent bénéficier de la même protection légale et républicaine que les autres ?

La loi « mariage pour tous » a été le premier pas vers la reconnaissance déjà si tardive de nos familles. Vous réalisez aujourd’hui la prouesse de laisser penser que les homosexuel-le-s représentent un péril pour l’avenir de la société, et, de façon encore plus terrible, pour leurs propres enfants. Nous exigeons avec fermeté une réforme de la filiation dans laquelle les liens biologiques n’auront pas plus de valeur que l’engagement volontaire du parent social, notamment au travers du projet parental.

Pensez-vous sincèrement, Madame la ministre, que nous allons baisser les bras sans réagir, et cesser de défendre nos familles ? Aucune avancée vers l’égalité n’a jamais été réalisée de façon apaisée. Elles n’ont jamais été le fruit du hasard, ni caractérisée par un taux d’apaisement sociétal particulièrement propice. Elles ont été acquises par celles et ceux qui se sont fièrement battus pour leurs droits.

Aujourd’hui plus que jamais, nous nous sentons méprisées et insultées. Nous n’accepterons pas que les lesbiennes et les femmes célibataires soient encore une fois sacrifiées, que ce soit sur l’autel de l’ « apaisement » d’une minorité réactionnaire ou sur celui du conservatisme d’une société où les minorités sexuelles ne sont, encore aujourd’hui, que tolérées, et les droits des femmes une fois de plus bafoués.

 (1) Donchin, Anne ; Purdy, Laura M. Recent embodying feminist bioethics advances, Rowman &Littlefield Publishers, Inc., Lanham, 1999, 286 p. Focus : Murphy Julien S. Should Lesbians Count as Infertile Couples? Antilesbian Discrimination in Assisted Reproduction. D’après le site NatiSens, les statistiques récentes démontrent que « dans 30% des cas, l’infertilité est d’origine féminine; dans 20% des cas, l’origine en est masculine; dans 40% des cas, les 2 membres du couple présentent des problèmes de fertilité; enfin dans 10% des cas, aucune cause d’infertilité n’est retrouvée ».

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Une réflexion au sujet de « [Tribune] PMA : nous n’y renoncerons pas »

    [Tribune] PMA : nous n’y renoncerons pas « FièrEs a dit:
    17 janvier 2014 à 15 h 01 min

    […] Une tribune à lire ici […]

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