Féminisme

Vers la parité politique : en ramant mais sûrement

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Le 23 mars 2014 aura lieu le 1er tour des élections municipales. Mise en pratique d’une parité renforcée, ces élections verront logiquement plus de femmes élues dans les conseils municipaux. Mais la parité totale en politique reste une chimère.

Un pas de plus vers la parité politique. Voilà à quoi nous assisterons lors des résultats définitifs des élections municipales le dimanche 30 mars 2014. Ce sera la conséquence directe de la loi votée en mars 2013 qui étend le champ d’application de la parité. Les listes se présentant dans les communes de plus de 1000 habitants se doivent désormais d’être strictement paritaires. Aux dernières municipales, seules les communes de plus de 3500 habitants étaient soumises à cette obligation. Cette année donc, 6500 communes en plus  sont concernées par la parité. Pour Bernard Malignier, spécialiste du droit électoral français,  « 17 000 femmes deviendront conseillères municipales pour aboutir à un chiffre de 85 000 femmes dans les conseils municipaux », c’est-à-dire quasiment la moitié des sièges.

Campagne Care France pour les municipales 2014
Campagne Care France pour les municipales 2014

Si la parité politique est étendue pour 2014, c’est qu’elle fonctionne ! En effet, cette victoire féministe remportée en 2000 a largement fait ses preuves. Les effets ont été directs surtout sur les scrutins locaux. Alors qu’en 1995 seuls 25% des conseillers municipaux étaient des femmes, elles étaient 47,5% dès 2001. Les conseillers régionaux aujourd’hui sont quasiment pour leur moitié des conseillères. Une politique des petits pas qui porte donc ses fruits. Et qui tord le cou à ceux qui, opposés à une telle loi, préféraient laisser la société atteindre à son rythme et sans contraindre la parité, quitte à attendre encore des siècles !

Et les communes de moins de 1000 habitants dans tout ça ? Elles restent les seules exemptées d’une obligation paritaire. Elles représentent quand même 67% des communes de France mais peinent souvent à compléter leurs listes. Alors des listes paritaires… Le maire d’Oisseau, commune de 1200 habitants en Mayenne craint d’ailleurs la constitution de listes paritaires : « J’approuve totalement l’idée mais dans ma petite commune, je n’arrive pas à trouver suffisamment de candidates ».

Têtes de listes paritaires … plus ou moins

Si les listes deviennent paritaires, les têtes de liste le sont-elles ? Les résultats des dernières municipales ont donné aux femmes une maigre portion des sièges de maire : 14%. La capitale joue néanmoins le jeu. A Paris, pour 20 arrondissements, l’UMP et le PS avancent chacun 10 femmes têtes de listes. Elles sont 9 au Parti de Gauche. Envoyées dans des arrondissements ingagnables comme c’est souvent le cas ? Les résultats nous le diront mais le Parti de Gauche pour se mettre à couvert des critiques dit avoir placé des femmes dans des arrondissements où la gauche a du poids.

Etrangement, loin des projecteurs médiatiques de Paris, les partis politiques à Lyon sont moins enclins à présenter des femmes têtes de listes. Dans ses 9 arrondissements, l’UMP-UDI ne présente que 2 femmes. Le PS n’en présente que 3.

Parité aux scrutins nationaux ? Pas pour tout de suite

Mais la loi sur la parité en politique rencontre encore des résistances. Les scrutins nationaux restent peu inquiétés. Les sénateurs élus indirectement peuvent dormir sur leurs deux oreilles. A l’Assemblée Nationale, les hommes occupent encore 75% des sièges. François Fillon en 2010 ne le cachait pas : « On préfère payer quand c’est encore possible de le supporter » faisant référence à la baisse des dotations publiques auxquelles doivent faire face les partis qui n’envoient pas assez de femmes au Parlement. La loi sur l’égalité femmes/hommes votée en janvier 2014 prévoit un renforcement des sanctions financières à partir des législatives de 2017. Les partis préfèreront-ils payer encore longtemps ?

Noémi M.

Journée internationale pour les droits des femmes : deux manifestations, un seul combat – l’égalité

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FièrEs appelle à manifester dans l’un ou l’autre cortège prévu le samedi 8 mars à Paris et partout ailleurs en France et dans le monde à l’occasion de la Journée Internationale de lutte pour les droits des femmes.

Chaque année, des milliers de femmes et d’hommes marchent ensemble le 8 mars pour lutter pour les droits des femmes. Droits acquis ou non, mais toujours constamment remis en cause : droit à disposer de son corps avec l’accès à l’IVG libre et gratuit et à la Procréation Médicalement Assistée, droit à avoir un poste avec un salaire égal pour un travail égal, droit d’occuper l’espace public sans être harcelées, battues, violées, droit à vivre librement son genre et sa sexualité, etc. Le 8 mars rappelle chaque année que l’égalité réelle est encore loin et l’importance des combats féministes.

FièrEs condamne fermement les attaques directes contre les avancées féministes qui ont ponctuées l’année 2013 et ce début 2014 : assauts contre la déconstruction des stéréotypes de genre permettant de lutter contre les inégalités femmes/hommes, rues et sorties d’écoles prises par les réactionnaires à grand renfort médiatique, masculinistes écoutés et cités par le gouvernement, contestation du droit des femmes à disposer de leurs corps. Les espagnoles vont devoir passer la frontière pour avorter… et les lesbiennes et les célibataires vivant en France vont devoir continuer de la passer pour effectuer une PMA. Quant aux LGBT-phobies, elles ont désormais le statut d’opinion politique à part entière.

Autant de raisons de se rassembler, autant de raisons de marcher. Il est donc regrettable que ce 8 mars 2014 marque le clivage entre deux mouvements féministes antagonistes qui organisent deux cortèges distincts à Paris, l’un au départ de Bastille, l’autre au départ de Belleville. Parce que la Journée Internationale de lutte pour les droits des femmes devrait mettre en avant ce qui nous rassemble (et les sujets ne manquent pas) plutôt que ce qui nous divise et que le féminisme a besoin de moments d’unité pour se faire entendre, FièrEs a décidé de ne pas se positionner pour l’un ou pour l’autre et marchera dans les deux cortèges.

FièrEs d’être féministes, fièrEs de nos luttes, nous pensons que les sujets clivants ne devraient pas nous empêcher de construire un mouvement féministe fort et cohérent. Nous espérons pour l’avenir que les organismes féministes sauront travailler ensemble à l’organisation d’un 8 mars rassemblé et rassembleur, en mettant de côté les débats et controverses qui traversent le mouvement, provoquant certes des divisions mais témoignant également d’un dynamisme et d’un souffle militant que nous souhaitons voir perdurer.

Le 8 mars est une journée symboliquement trop forte pour que les désaccords et divisions du mouvement féministe n’en éclipsent son importance. Faisons de ce 8 mars un rendez-vous solidaire annuel et incontournable de la lutte pour les droits des femmes : tant de luttes restent à mener !