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Ciné et visibilité lesbienne au Printemps des assoces

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Dimanche après-midi au Printemps des Assoces, l’association Cineffable animait un atelier sur la visibilité lesbienne dans l’histoire du cinéma. Compte-rendu.

A l’espace des Blancs-Manteaux, dimanche à 14h, la salle était pleine. Une trentaine de têtes alignées attendaient le début de l’unique atelier lesbien du Printemps des Assoces : “La représentation des lesbiennes dans le cinéma”.

Cineffable, organisatrice du festival annuel de films lesbiens et féministes de Paris, proposait cette rencontre. C’est à Anne Delabre que l’association a fait appel pour l’animer. Cette journaliste de formation a co-rédigé Le Cinéma français et l’homosexualité avec Didier Roth-Bettoni. Elle dirige également le ciné-club « 7e genre » qui décrypte les représentations LGBT au cinéma. Œil vert et regard enjoué, se définissant comme “cinéphile” et “autodidacte”, Anne Delabre a su proposer un panorama clair et concis sur la place des lesbiennes dans le cinéma. Pour elle, “le cinéma a un passé, l’histoire ne s’est pas faite en 5 ans !”. D’où l’importance d’englober tout le xxe siècle, sans exclure les films muets ou en noir et blanc.

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Censure et sous-entendus

Ça commence mal en 1920, lorsque L’Homme du large et sa première lesbienne du cinéma français est censuré pour outrages aux mœurs. Le personnage est doublement sulfureux pour l’époque: homosexuelle et patronne de cabaret. Dans l’entre-deux-guerres cinématographique, les lesbiennes évoluent dans des lieux fermés (prison, pension de jeunes filles). L’homosexualité est présentée comme un non-choix car découlant de la promiscuité féminine et de l’absence d’hommes.

Les années 1940 et 1950 font place à des adaptations de romans. La littérature sert alors de caution à des films qui sans cela auraient pu être censurés. Quai des Orfèvres (1947) en est un bon exemple: rien n’est clairement exprimé, mais de nombreux sous-entendus font comprendre qu’une des héroïnes du film, photographe, est homosexuelle. Regards langoureux pour les femmes, photographies de nus féminins, sacrifice final pour celle qu’elle aime… Anne Delabre précise que lors de sa sortie, peu de gens ont vu l’homosexualité du personnage. Ce sont nos yeux dessillés de 2014 qui comprennent le message subliminal.

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Lesbienne prédatrice, lesbienne malheureuse

Vampires lesbiens, dangereuses prédatrices, érotisme et fantastique… Révolution des mœurs oblige, dans les années 60 puis 70, des films transgressifs et non moralisateurs sont présentés au public.

Dans les années 80 apparaissent des films plus édulcorés ainsi qu’un certain nombre de films crypto-lesbiens.

Une particularité subsiste: la lesbienne de film est dépressive souvent, criminelle parfois, malheureuse tout le temps. La comédie est réservée aux gays. On se moque d’eux, ils font rire, tandis que les lesbiennes font peur.

Les années 90 changent la donne. Pourquoi pas Moi (1998) mais surtout Gazon Maudit (1994) font rire le grand public. Cette période voit également la multiplication de films sur la découverte de la sexualité et le coming-out.

Banalisation de l’homosexualité

Dans les années 2000, de plus en plus de personnages lesbiens sont intégrés à des scénarios. C’est ce qu’Anne Delabre appelle « la période de banalisation ». Dans des films tels que Oublier Cheyenne (2004), La Naissance des pieuvres (2007), l’homosexualité est une des composantes des personnages mais n’est pas au centre de l’histoire.Mais ce n’est sûrement pas un hasard si l’on doit ces films à des réalisatrices engagées !

Une image « positive » des lesbiennes ?

Anne Delabre soulève une question récurrente : le cinéma doit-il donner une image « positive » des lesbiennes ? Gazon maudit a été encensé autant que décrié puisque donnant une image caricaturale des lesbiennes. La Vie d’Adèle a autant été haï qu’adoré. Anne Delabre balaye ces polémiques :

“Un film est une œuvre d’art avant tout, il n’est pas un tract politique, il raconte une histoire et porte la subjectivité de celle ou celui qui l’a réalisé et sa réception dépend de celle et ceux qui vont le voir”.

La période de « banalisation de l’homosexualité » des années 2000 répond d’une certaine manière à la question. Les lesbiennes y sont de plus en plus représentées dans leur complexité comme tout autre personnage. Les lesbiennes peuvent aussi être des criminelles ! Par ailleurs, ce qui est qualifié de « positif » par certain-e-s ne le sera pas pour d’autre.

Transgression des genres

La représentation des lesbiennes au cinéma semble avoir atteint une forme de maturité à l’aube du xxie siècle. La transgression des genres est ce qui gène chez les lesbiennes, plus que leur homosexualité elle-même.

C’est cette interrogation sur les genres qui sera probablement le sujet le plus transgressif et décrié de ces prochaines années, comme le montre la récente polémique autour de Tomboy (2011).

Visibilité lesbienne

Si un film est une œuvre d’art, on ne peut nier son impact sur l’imaginaire des spectateurs. La question n’est pas tant de donner une image positive ou négative que de sortir du prisme des fantasmes que les réalisateurs projettent sur ce qu’est ou non une lesbienne. Et il n’y a pas LA lesbienne comme il n’y a pas LA femme. Quoi de mieux pour déconstruire cela que les lesbiennes elles-mêmes prennent la caméra !

Au-delà de la visibilité lesbienne dans le cinéma, qu’en est-il de leur visibilité tout court ? Pour Amandine Miguel, porte-parole de l’Inter-LGBT :

“Le bilan du Printemps des Assoces est globalement positif car cette année, c’est l’Inter-LGBT qui a demandé qu’un atelier lesbien ait lieu. En plus, il y avait de nouvelles associations lesbiennes comme FièrEs ou Cineffable.” 

Noémi M.

Pour celles qui regrettent de n’être pas venues, Chrystèle Marie de Cineffable a annoncé que le même atelier aura lieu lors d’un prochain “Vendredi des femmes” du Centre LGBT Paris-Ile de France.

Pour toutes celles qui s’intéressent à ces problématiques, penchez-vous aussi sur la programmation de “7e genre” du cinéma Le Brady, dirigée par Anne Delabre : http://www.lebrady.fr/cine-club-7-genre/

Et bien sûr rendez-vous du 30 octobre au 2 novembre 2014 pour la 26e édition du Festival du film lesbien et féministe de Paris Cineffable : http://www.cineffable.fr/fr/edito.htm 

Vous avez raté l’atelier « Plaisirs et prévention pour les femmes ayant des relations sexuelles avec d’autres femmes » à la Queer Week ? Séance de rattrapage.

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(Atelier organisé par FièrEs et la Queer Week, en partenariat avec FloZif de PlayNight Paris et Coraline Delebarre, co-responsable de la brochure « Tomber La Culotte »)

Pourquoi un atelier « Plaisirs et prévention pour les femmes » ? D’abord parce que, reconnaissons-le : nous avons encore souvent du mal à associer « prévention » et « ludique », « safe-sex » et « plaisir(s) ». Faute d’information et de pratique, à en croire FloZif, qui nous apprendra que même la redoutée digue dentaire peut être sensuelle. Les intervenantes nous ont montré que l’on peut appréhender la prévention sous l’angle des « plaisirs », thème de cette nouvelle édition de la Queer Week. Ensuite parce que les « FSF » (l’acronyme utilisé tout au long de l’atelier pour désigner toutes les femmes ayant des relations sexuelles avec des femmes, qu’elles se déclarent lesbiennes, bies, fluides ou même hétéro) sont les oubliées de la prévention. C’est d’abord le cas à l’école. Les cours d’éducation à la sexualité ne concernent bien souvent que la sexualité dite « reproductive », donc hétérosexuelle. Les participantes de l’atelier sont unanimes : « on apprend à mettre une capote sur une banane ! ».

Concernant les politiques publiques de santé, le constat est le même : les FSF sont toujours considérées comme faisant partie de la catégorie « femmes » (sous-entendu : hétéro) ou « LGBT ». Leurs spécificités ne sont donc jamais prises en compte. La salle était sidérée d’apprendre que les FSF sont considérées comme trop minoritaires, et donc leur potentialité de contamination aux Infections Sexuellement Transmissibles (IST) ou Maladies Sexuellement Transmissibles (MST) trop faible pour être considérée comme un enjeu de santé publique (!). Résultat, les campagnes et brochures consacrées aux FSF sont quasiment inexistantes, alors que le besoin de documentation est énorme. Les études montrent en effet que les FSF ont environ cinq fois plus de « chances » d’être infectées par une IST que les femmes strictement hétéro (environ 15% de probabilité contre 3% pour les femmes hétéro). Outre le fait que les FSF ont, selon les études, plus de partenaires que les autres (notamment en début de parcours, lorsqu’elles se « cherchent »), le manque de suivi gynéco régulier n’est évidemment pas étranger à ces inquiétantes statistiques, que ce soit par manque d’information ou parce qu’il est parfois difficile de trouver un gynéco friendly.

Il aura pourtant fallu attendre 2009 pour qu’une commission « FSF » à part entière soit créée au sein de la Direction Générale de la Santé (DGS), et 2011 pour qu’un financement public soit accordé par l’Institut national de prévention et d’éducation pour la santé (INPES) à la publication d’une brochure. Ce qui donnera le guide « Tomber La Culotte », que l’on peut trouver dans la plupart des associations de prévention, dans les centres du Planning Familial, au centre LGBT d’Ile de France ou encore aux PlayNight, les fameuses soirées « sexe » réservées aux femmes et aux trans, organisées par FloZif.

Globalement, la prévention dédiée aux FSF doit encore beaucoup aux initiatives individuelles, et même dans les espaces militants consacrés à la santé et/ou aux luttes LGBT, les FSF sont souvent les premières sacrifiées lorsque les budgets diminuent.

Après cette mise en contexte quelque peu révoltante, nous échangeons longuement : par où commencer pour inverser la tendance ? Comment acquérir les bons réflexes ? Malgré la diversité des parcours personnels et militants des participantes, c’est surtout les (ou plutôt l’absence de) représentations qui semblent en cause : à part dans le porno hétéro où des « lesbiennes » sont là pour exciter l’homme, la sexualité entre femmes est invisibilisée : c’est une sexualité qui serait passive, sans pénétration, et donc sans risques pour la santé… Dès lors, pourquoi une prévention dédiée ? En retour, l’absence de prévention dédiée aux FSF donne l’impression qu’entre femmes, « ce n’est pas vraiment du sexe »… Même si de nouvelles représentations émergent grâce à quelques initiatives militantes (les films d’Emilie Jouvet par exemple), le manque à combler est énorme.

Bref, nous toutes dans la salle avons donc des lacunes et besoin d’apprendre ! Les intervenantes partagent alors avec nous, pendant la deuxième partie de l’atelier, leurs expériences et conseils de safe-sex. Première étape, se débarrasser de nos craintes et tabous qui font que souvent, l’on n’ose pas aborder la question avec sa ou ses partenaires, surtout au début d’une relation ou pour un coup d’un soir. Avoir des pratiques safe, c’est non seulement respecter son corps et le corps de l’autre, mais de plus l’usage du préservatif, de la digue dentaire, des gants en latex ou du gel peut ajouter un aspect ludique voire sensuel…

Quelques conseils de base en terme de prévention :

– En l’absence de gants, se laver les mains et privilégier les ongles courts pour réduire le risque d’infection.

– Le préservatif externe (dit « masculin »), si vous utilisez un gode, pour prévenir toute allergie au caoutchouc, éviter la transmission d’IST mais aussi simplifier l’entretien du sex-toy en question (un lavage à l’eau et au savon suffira). Enfin, attention à la date de péremption : une fois dépassée, le préservatif devient poreux et donc inefficace.

– Le préservatif interne (dit « féminin »), qui a l’avantage de pouvoir être posé en avance en prévision d’un rapport sexuel (jusqu’à 8h !) et peut être gardé tout le long de votre (longue) nuit.

– Le gel : privilégiez les gels à base d’eau pour être certaine qu’il convient à votre sex toy (ceux en latex notamment) et prévenir les allergies. Evitez les « gels improvisés » (type huile de massage) : les matières grasses rendent le préservatif poreux et peuvent aussi provoquer des allergies et/ou infections.

– Les gants en latex qui préviennent également des infections, notamment si vous n’avez pas la possibilité de vous laver les mains avant un rapport et pour éviter des lésions (à cause des ongles longs) qui sont autant de portes d’entrée pour les IST.

– Et la « digue dentaire » qui malgré un nom quelque peu barbare est bien utile lors d’un cunnilingus ou annulingus pour protéger, là aussi, des IST (ou du VIH si présence de sang) et peut devenir très ludique avec la pratique. Elle s’achète en pharmacie ou se fabrique à partir d’un préservatif ou de film alimentaire (celui qui ne passe pas au micro-ondes !)

Pour en savoir plus :

« Tu sais quoi? » , les vidéos de prévention par Yagg : http://tusaisquoi.yagg.com/

« Tomber La Culotte ! », consultable en ligne ou à télécharger ici : http://www.sida-info-service.org/?Tomber-la-culotte-Pour-s-informer

Les soirées « PlayNight » à Paris : https://www.facebook.com/pages/PlayNight-Paris/111381055559933?ref=ts&fref=ts

Notre live-tweet de l’atelier : https://twitter.com/assofieres

 

Camille C.

 

 

La Queer Week 2014 commence aujourd’hui !

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Du 24 au 28 mars, le grand méchant gender envahit Sciences Po Paris. Pour sa cinquième édition, la semaine des genres et des sexualités aura pour thème « les plaisirs ». 

Ateliers, conférences, débats, projections : il y en aura pour tous les goûts. Cette année, le programme devrait particulièrement plaire aux lesbiennes et bisexuelles, avec entre autres :

–       un atelier organisé par FièrEs sur le thème : « Plaisirs et prévention, pour les femmes ayant des relations sexuelles avec d’autres femmes ». Les intervenantes seront FloZif, organisatrice de la soirée Playnight, et Coraline Delebarre, co-responsable de la brochure « Tomber la culotte ».

–       une conférence sur « Les lieux de plaisir lesbiens du début du xxe siècle à nos jours : de l’invisibilité lesbienne dans l’espace public »,

–       un atelier « massages et jeux de cordes » réservé aux femmes

Assez rare pour que cette initiative soit soulignée, Maud-Yeuse Thomas et Karine Espineira (co-fondatrices de l’Observatoire des transidentités et co-rédactrices de la Transyclopédie avec Arnaud Alessandrin) animeront un atelier sur « la réappropriation des corps trans par les trans elles/eux-mêmes ».

En bref, une programmation éclectique, un thème alléchant, alors cette semaine… faites-vous plaisir !

Programme complet : http://queerweek.com/

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Vanessa D.