Mois: mars 2018

Nous ne sommes pas votre sujet de débat

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La vie des lesbiennes, des bies, des trans et de toutes les femmes qui souhaitent procréer ne sont pas des sujets « sociétaux » méritant d’être soumis à des « débats citoyens ».

L’autonomie des femmes ou des personnes trans ainsi que la libre disposition de leur corps n’est pas une question éthique et n’a pas à faire débat.

Nous nous opposons à ce que nos familles et nos vies soient une fois de plus scrutées, stigmatisées et soumises à la validation de tous. Nos familles existent, que vous le vouliez ou non.

Nous nous opposons à ce que de pseudo-experts, qu’ils soient psychiatres, politiciens ou représentants d’instances religieuses soient placés au centre de ce sujet qui ne les concerne en rien. Nous ne pouvons d’ailleurs que constater le mépris porté à l’égard des principales concerné.e.s qui sont totalement absent.e.s de ces « débats citoyens » biaisés.

Nous contestons la légitimité de cette mascarade que sont ces « débats citoyens » portant sur la PMA qui sont organisés dans le cadre des « Etats généraux de la bioéthique ».

Nous ne pouvons que constater que l’ouverture de ces « débats citoyens » sur la PMA a jeté nos familles en pâture. Ils donnent lieu à une libération de la parole lesbophobe et sexiste de la part de mouvements conservateurs et de personnalités publiques qui dénigrent et insultent nos familles, tel que La Manif Pour Tous que nous n’avons que trop entendue. Ces discours continuent d’avoir des conséquences directes sur notre sécurité et nos vies.

Notre autonomie est non-négociable, elle n’est pas à débattre. Nous réclamons la fin de ces « débats citoyens » sur la PMA et l’ouverture de la PMA à tout.e.s.

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Cessons de protéger les agresseurs, montrons leurs vrais visages !

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Stop à l’altérisation des agresseurs sexuels et à la culpabilisation des victimes !

NON, les agresseurs sexuels ne sont pas des loups et des bêtes féroces au fond d’un bois. Les agresseurs ce sont des hommes lambdas, des monsieurs tout le monde, des pères de famille, des cadres bien blancs et tout un tas d’hommes « biens sous tous rapports ». Les agressions et le harcèlement sexuel sont des violences systémiques. Si 87 % des usagères en France déclarent avoir été victimes de harcèlement sexuel, cela signifie qu’il y a autant d’hommes agresseurs et harceleurs.

Alors pourquoi désigne-t-on clairement les victimes sous un halo de lumière, dans la peur, accrochées à leur barre de métro comme s’il en allait de leur vie, tandis qu’on refuse de montrer les agresseurs par peur de les « stigmatiser » ?

Quand montrera-t-on les vrais visages des agresseurs ? Quand seront-ils ciblés et montrés du doigt, et non plus les victimes ? Quand arrêtera-t-on de nourrir cet imaginaire de l’agresseur sexuel assimilable à une bête sauvage aux pulsions animales incontrôlables et de déresponsabiliser de cette façon les agresseurs sexuels qui ne se sentent aucunement visés par ce genre de campagne ?

NON, ce n’est pas la victime qu’il faut responsabiliser en la sommant de « donner l’alerte ».

C’est aux pouvoirs publics de prendre leurs responsabilités, y compris aux agents de la RATP qu’il faut former afin d’accueillir, de croire et de mieux prendre en charge les victimes et leur parole, car ce sont souvent eux-mêmes qui ont des comportements méprisants, agressifs et sexistes envers les victimes – et les usagères en général ; ce sont les agresseurs qu’il faut éduquer ; la société qu’il faut changer.

Arrêtons de blâmer les victimes que rien n’invite à « donner l’alerte », arrêtons les injonctions culpabilisantes !

NON, contrairement à ce que cette campagne d’affichage a choisi de montrer, les victimes de harcèlement et d’agressions sexuelles ne sont pas toutes faites dans le même moule, ce ne sont pas uniquement des jeunes filles minces, jolies, qui avaient vraiment une “bonne raison” de vouloir passer dans la « jungle » que sont les transports en commun.

Arrêtons de modéliser les victimes qui sont, dans les faits, très diverses. L’écrasante majorité des femmes sont touchées par le harcèlement et les agressions sexuelles.

Arrêtons de justifier la présence des femmes dans les transports en commun en les représentant comme « de passage », en sous-entendant que cette fois-ci elles ne l’ont pas cherché car elles étaient obligées de passer par là. Le harcèlement sexuel n’est JAMAIS justifié par l’apparence, la position, le comportement de la victime. Ce n’est pas la victime qui invite l’agresseur à l’agresser ; c’est l’agresseur uniquement qui est responsable de ses actes ; c’est un comportement qui est accepté et encouragé socialement par la culture du viol et par la société.

Arrêtons de construire les femmes comme des proies en leur rappelant par ces affiches que les transports en commun sont un danger extrême pour elles et qu’elles n’y ont pas leur place.

Nous exigeons le retrait de ces affiches !

Yes, All Cis Men !

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Avec le mouvement #MeToo, les femmes et/ou personnes trans ont massivement montré que les violences sexuelles ne touchaient pas seulement certaines d’entre elles. Au contraire, chacun.e d’entre nous, ou presque, a vécu, vit ou vivra ce type d’expérience.

Alors qu’une partie de la société semble avoir intégré cette information, son corollaire a beaucoup plus de mal à être entendu : si presque toutes les femmes et/ou personnes trans ont subi des agressions sexuelles ou des viols, cela signifie qu’il y a autant d’hommes cis¹ qui les ont commis. Bien que prévisibles, les réactions suscitées par le #Balancetonporc ont montré que s’il était déjà dérangeant qu’elles disent « Me too », il est insupportable de les voir “balancer leurs porcs”.

Il aurait été tellement plus facile de n’admettre que le Viol avec un grand V. Celui qu’on construit comme un mythe, exceptionnel, quasi accidentel; celui qu’on fantasme; celui dont on est victime mais qui n’est commis par personne ou alors par quelques hommes, racisés, marginaux ou précaires, dans une ruelle sombre tard le soir. Un viol qui ne remet aucun système en question.

Grâce à toutes celles et ceux qui ont crié « Me too » ou qui ont “balancé leurs porcs”, le mythe a pris l’eau.

Certain.e.s se sont alors aperçu.e.s que les « porcs » ne collent pas à ce cliché, qu’ils sont divers et surtout, qu’ils sont très nombreux. Que le viol n’a malheureusement rien d’exceptionnel. Que ce n’est pas par hasard si le viol touche massivement les femmes : il est l’expression et l’instrument de la domination. Il vise à perpétuer l’ordre hétéropatriarcal, la suprématie blanche et une domination de classe. C’est pour la même raison que des hommes trans, des gays, des hommes racisés, mais aussi des enfants en sont la cible. Et c’est pour cette raison que l’écrasante majorité des agresseurs, a en commun le fait d’être des hommes cis.

Les violeurs, les agresseurs ce sont ceux qui font semblant de ne pas entendre, ceux qui font mine de ne pas comprendre, ceux qui insistent; ceux qui empêchent leurs victimes de dire non; ceux qui font comme si la dépendance économique de leurs partenaire leur laissait le choix; ceux qui pensent ne pas avoir l’intention de dominer, mais qui ont bien l’intention d’arriver à leurs fins, quoi qu’il en coûte; ceux qui ne se remettent et ne se remettront jamais en question, persuadés d’être des « mecs biens ». C’est ce ministre, ce jeune cadre bien blanc, ce mec “bien sous tous rapports”, celui qui n’a pas conscience de violer et qui tombe des nues quand il apprend qu’il est un « porc », c’est celui qui se trouve mille excuses; c’est ton fils, ton père, ton frère, ton pote.

Alors, YES ALL CIS MEN.

Dans notre société patriarcale, ce sont tous les hommes cis qui bénéficient, qu’ils en aient conscience ou non, de cette position de pouvoir dans les rapports sexuels. Cette idée leur étant insupportable, et pour porter secours à tous les « porcs », il a fallu chercher des explications, des excuses. Ils se sont alors empressés de parler de « zone grise ». Cette zone qui leur permet de violer sans être coupable, parce que « la situation n’était pas claire » sans que jamais on ne leur demande pourquoi ils ont besoin d’érotiser le doute, l’ambiguïté et la violence.

Pourtant la situation est claire : depuis la naissance, nous sommes sommé.e.s d’être des femmes, d’être hétérosexuelles, d’être cisgenres; nous sommes préparé.e.s à vivre notre sexualité dans un rapport tacite de domination où les rôles genrés sont bien définis, où rien ne passe sans l’aval des hommes cis. C’est aux femmes de consentir, quand eux-seuls veulent, désirent et obtiennent. Le mot même de consentement révèle une sexualité pensée pour les hommes, sans que la volonté et le désir des femmes n’y aient leur place.

La culture du viol n’est ni plus ni moins qu’un avatar du patriarcat. La culture du viol fait partie d’un système qui dépossède de leur corps celles et ceux qui sortent de la norme masculine, cisgenre, hétérosexuelle et blanche. Nos corps ne nous appartiennent pas. Comment s’étonner alors que des femmes défendent ce système² ?

Mettre fin aux violences sexuelles, c’est mettre fin à l’hétéropatriarcat; c’est reconnaître le caractère systémique de ces violences et c’est répondre aux « Not all men » par « YES ALL CIS MEN».

 

¹Cisgenre : personne dont le genre correspond à celui qui lui a été assigné à la naissance

²Nous défendons une liberté d’importuner, indispensable à la liberté sexuelle”, Le Monde, 09 janvier 2018