Mois: mai 2015

Micro-trottoir sur les transidentités

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Un micro-trottoir diffusé pour la première fois en public le 16 mai 2015 lors du village associatif place Edmond Michelet organisé par Aides-Paris12 à l’occasion de l’IDAHOT (Journée internationale contre l’homophobie et la transphobie) :

17 mai : Journée internationale contre les LGBT-phobies

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Avec l’ouverture du mariage à tous les couples il y a deux ans, l’État légitime officiellement les couples LGBT qui le souhaitent mais cela est loin d’avoir fait reculer la transphobie, la lesbophobie la biphobie et l’homophobie dans la société. La liberté de parole donnée aux anti-égalité des droits pendant la période de débat sur l’ouverture du mariage a légitimé les propos LGBT-phobes dans l’espace public et privé. Les derniers chiffres publiés par SOS homophobie sont éloquents à ce sujet : le nombre de témoignages reçus en 2014 est en hausse de 41 % par rapport à 2011. Nous rappelons à nouveau et avec force que l’homophobie, la biphobie, la lesbophobie et la transphobie ne sont pas des opinions.

Le fait que le gouvernement n’ait pas tenu ses engagements de campagne concernant les droits des LGBT autres que le mariage a également contribué à ancrer un peu plus dans la société l’idée que nos vies sont négligeables.

Nous nous sommes battuEs, et d’autres avant nous se sont battuEs, pour obtenir chaque avancée.

N’attendons pas que le gouvernement retrouve soudainement son courage politique sans rien dire. N’attendons pas d’être instrumentaliséEs en 2017 pour crier haut et fort que l’égalité des droits « c’est maintenant ! »

Depuis notre discours du 17 mai 2014, rien n’a changé pour nous : il est temps que les trans’ bénéficient d’une loi, il est temps d’ouvrir la PMA à toutes les femmes, il est temps de simplifier les démarches et l’hébergement des LGBT demandeurs du droit d’asile, il est temps de réformer la filiation pour permettre aux parents dits « sociaux » de reconnaître leurs enfants ! Il est temps de réformer notre politique du droit d’asile pour que la France soit réellement la terre d’accueil et des droits humains qu’elle prétend être. Il est temps aussi de dénoncer les LGBT-phobies des anti-égalité des droits. Le gouvernement « socialiste » ne doit plus se laisser dicter sa politique par des réactionnaires !

Lutter contre les LGBT-phobies c’est aussi lutter contre le sexisme car les deux sont entremêlés et sont les fruits de la même société hétéropatriarcale. Il ne s’agit pas uniquement de se battre contre des discriminations qui touchent une « minorité », terme réducteur par lequel nous sommes désignéEs, mais de se battre contre toute une conception sexiste et cishétéronormative de la société.

Ce n’est pas à nous de vivre cachéEs, ce n’est pas à nous d’avoir peur. La société doit changer et nous devons nous mobiliser toujours en plus grand nombre pour la transformer. Ne laissons pas le champ libre aux LGBT-phobes. Battons-nous chaque jour pour les faire reculer. Et surtout, soyons FièrEs de nos identités !

Pourquoi FièrEs quitte-t-elle l’Inter-LGBT ?

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Fait début mai 2015, à Paris,
suite à un vote en réunion plénière des militantes de l’association FièrEs

Pourquoi FièrEs quitte-t-elle l’Inter-LGBT ?

FièrEs, association féministe lesbienne, bi, trans, a pris la décision de quitter l’Inter-LGBT au terme d’un processus de réflexion collectif et démocratique, au cours duquel chacune de ses militantEs a pu s’exprimer. Nous le faisons pour des motifs politiques, exprimés ci-après. Nous déplorons d’avoir été amenéEs à prendre cette décision, qui nous a toutefois parue nécessaire.

Nécessaire, car FièrEs veut préserver une absolue cohérence avec ses principes, ainsi qu’avancer et concentrer son énergie sur son propre développement. Nous ne souhaitons pas critiquer gratuitement le fonctionnement de l’Inter-LGBT, avec qui nous espérons continuer à coopérer, et encore moins diviser davantage nos « milieux » militants déjà fragilisés.

FièrEs a rejoint l’Inter-LGBT pour plusieurs raisons. D’abord pour nouer des liens avec d’autres associations LGBT, former avec elles des réseaux solides dans la lutte contre les LGBT-phobies et pour l’égalité des droits, participer avec elles à l’organisation des grands événements que sont la Marche des Fiertés de Paris et le Printemps des assoces. Nous avons ainsi toujours tenu à être un maximum présentes et actives dans les processus de décision et d’organisation. Nous avons rejoint l’Inter-LGBT également dans le but de lutter contre le sexisme au sein de la communauté LGBT et d’apporter une approche féministe des problématiques qui touchent les LGBT.

L’une des raisons de notre départ est l’affiche choisie pour la Marche des Fiertés 2015. Elle n’est ni l’unique raison de ce départ, ni la principale. Le choix de cette affiche n’a été que la confirmation de problèmes déjà constatés, et constitue donc la goutte d’eau qui fait déborder le vase.

Comme nous l’avons exprimé par deux fois lors des derniers votes, il nous est impossible, par honnêteté intellectuelle, et pour rester fidèles à nos principes, de nous montrer solidaires de l’affiche choisie pour la Marche des Fiertés et du mot d’ordre « Multiples et indivisibles » associé à celle-ci.

Cette affiche, qui fait référence à une symbolique républicaine clivante, qui est intégrationniste, exotisante et dont le mot d’ordre ne comporte aucun appel aux actes et aucune revendication, reste contraire à nos valeurs et la démarche qui l’entoure nous pose problème à divers titres.

Nous pensons que l’Inter-LGBT, qui ne laisse aucune place à une véritable analyse intersectionnelle dans son fonctionnement et ses campagnes et dont les statuts ne mentionnent pas la lutte contre le racisme, ne peut légitimement s’approprier la représentation de personnes racisées pour évoquer la « diversité », la « multiplicité ». La représentation d’une personne noire, associée à ces symboles républicains, légitime selon nous l’assimilationnisme ou l’intégration forcée que subissent les racisé.e.s, appelé-e-s à rejeter leur culture quand elle n’est pas française et à se fondre dans la République, ses valeurs et sa culture, qui continuent de les discriminer.

Nous pensons que conserver cette affiche, et choisir ce mot d’ordre, constitue non seulement une faute politique mais également une provocation, un choix délibéré de ne pas prendre en compte les critiques qui avaient été faites par d’autres organisations et individu-e-s. Malgré ces analyses, les membres physiques comme moraux de l’Inter-LGBT se sont évertué-e-s de façon quasi-consensuelle, lors des débats, à dépeindre la République comme exempte de racisme et comme modèle indépassable de tolérance.

Qu’on le veuille ou non, cette affiche ne saurait être représentative de la communauté LGBT dans son ensemble. En effet, celle-ci comprend des personnes ne se reconnaissant pas dans la République ou qui en sont de fait exclues. Leur imposer cette affiche lors d’une Marche qui est censée rassembler est problématique.

A plusieurs reprises déjà, et cela concourt évidemment à notre départ, des décisions de l’Inter-LGBT nous avaient heurtéEs.

FièrEs ne peut être solidaire d’une campagne sortie sans déclinaisons bi et trans, alors que nous avions à plusieurs reprises exprimé notre désaccord et que nous avions même proposé des idées, restées sans réponse. Nous considérons que ce choix reflète le traitement inégal qui est fait en terme de visibilité entre toutes nos composantes : même si des déclinaisons bi et trans sont prévues, comment l’Inter-LGBT peut-elle décider que celles-ci attendent six mois de plus que les autres et que nous devons nous en contenter ?

Par ailleurs, et comme nous l’avons formulé récemment dans une longue lettre adressée à l’ensemble de ses membres, les échanges par mail autour des slogans féministes du 8 mars et de leur « violence » nous ont profondément choquéEs et les accepter aurait été incompatible avec nos principes. Les listes de l’Inter-LGBT devraient être un espace de respect mutuel, un espace safe, où les expériences potentielles et les identités de chacun-e sont prises en compte. Ce n’est pour l’instant pas le cas et aucun processus de remise en question sur le sexisme interne, sur l’anti-féminisme, sur les pratiques sexistes ou sur les privilèges dont peuvent jouir les membres hommes cis blancs de l’Inter-LGBT n’est en route.

A titre d’exemple, nous rappelons le rejet de la question de l’auto-défense féministe et les discussions récurrentes sur les fonctionnements ou manifestations en non-mixité. Selon certains, cette non-mixité serait « sexiste envers les hommes »… cette expression prouve leur absence de réflexion concernant le privilège dont ils bénéficient en tant qu’hommes dans une société patriarcale.

Nous le répétons : se dire féministe, ce n’est pas seulement soutenir l’égalité de droits entre hommes et femmes. Le féminisme est un champ bien plus vaste et complexe. Le féminisme pense les rapports de domination, il déconstruit les rôles genrés, il est un terrain d’émancipation pour les femmes mais aussi l’occasion pour les hommes cis de questionner leurs propres pratiques et attitudes.

Il est dommage, pour l’Inter-LGBT elle-même, qu’aucun processus pédagogique ne soit sérieusement enclenché sur cette question. Nous pensons sincèrement que l’inter-associative aurait à y gagner.

En outre, la quasi-absence de réponse (nous n’en avons reçu que deux : l’une par mail, l’autre oralement) faite à FièrEs suite à notre lettre sur le sexisme de l’Inter-LGBT, constitue un manque flagrant de respect et un grand mépris vis-à-vis de notre structure, mais démontre surtout l’entre-soi sexiste que nous dénoncions, et dont FièrEs est par définition exclue.

Nous pourrions supporter tout cela et travailler encore à faire changer les mentalités et les pratiques de l’intérieur. Nous pourrions sans doute continuer à essayer d’influer sur les décisions, les campagnes, les communications de l’Inter-LGBT. Continuer à essayer d’imposer la féminisation des termes des textes produits par l’Inter-LGBT, de militer en interne pour plus d’inclusivité, pour  une meilleure prise en compte des problématiques féministes et des analyses intersectionnelles. Mais nous ne voulons pas, alors que nous ne sommes pas écoutées, et régulièrement mises à l’écart, continuer à servir de caution féministe à l’Inter-LGBT en en restant membre. Nous préférons nous concentrer sur nos combats, nos actions, et ne pas rester à l’Inter-LGBT pour de mauvaises raisons et dans de mauvaises conditions.

Toutefois, nous tenons à remercier les diverses associations avec lesquelles nous avons pu mener à bien des projets associatifs et avec lesquelles nous continuerons ce combat, comme le Centre LGBT Paris-Ile de France, Bi’cause, Acceptess-T, Aides, Les Enfants d’arc-en-ciel, Cineffable, Barbieturix, ou encore Le Mag-Jeunes LGBT ou Contact, pour ne citer qu’elles.

Nous remercions également l’Inter-LGBT de nous avoir permis de nouer ces liens. Nous continuerons évidemment à travailler de l’extérieur avec l’inter-associative, dans notre lutte contre les LGBT-phobies et pour l’égalité des droits, ainsi que pour l’organisation de la Marche des Fiertés, notamment cette année à travers le projet du LesboTruck.

Cette lettre a été lue devant les associations membres lors du « Pôle Politique » de l’Inter-LGBT le 5 mai 2015.