Vous avez raté l’atelier « Plaisirs et prévention pour les femmes ayant des relations sexuelles avec d’autres femmes » à la Queer Week ? Séance de rattrapage.

Publié le Mis à jour le

(Atelier organisé par FièrEs et la Queer Week, en partenariat avec FloZif de PlayNight Paris et Coraline Delebarre, co-responsable de la brochure « Tomber La Culotte »)

Pourquoi un atelier « Plaisirs et prévention pour les femmes » ? D’abord parce que, reconnaissons-le : nous avons encore souvent du mal à associer « prévention » et « ludique », « safe-sex » et « plaisir(s) ». Faute d’information et de pratique, à en croire FloZif, qui nous apprendra que même la redoutée digue dentaire peut être sensuelle. Les intervenantes nous ont montré que l’on peut appréhender la prévention sous l’angle des « plaisirs », thème de cette nouvelle édition de la Queer Week. Ensuite parce que les « FSF » (l’acronyme utilisé tout au long de l’atelier pour désigner toutes les femmes ayant des relations sexuelles avec des femmes, qu’elles se déclarent lesbiennes, bies, fluides ou même hétéro) sont les oubliées de la prévention. C’est d’abord le cas à l’école. Les cours d’éducation à la sexualité ne concernent bien souvent que la sexualité dite « reproductive », donc hétérosexuelle. Les participantes de l’atelier sont unanimes : « on apprend à mettre une capote sur une banane ! ».

Concernant les politiques publiques de santé, le constat est le même : les FSF sont toujours considérées comme faisant partie de la catégorie « femmes » (sous-entendu : hétéro) ou « LGBT ». Leurs spécificités ne sont donc jamais prises en compte. La salle était sidérée d’apprendre que les FSF sont considérées comme trop minoritaires, et donc leur potentialité de contamination aux Infections Sexuellement Transmissibles (IST) ou Maladies Sexuellement Transmissibles (MST) trop faible pour être considérée comme un enjeu de santé publique (!). Résultat, les campagnes et brochures consacrées aux FSF sont quasiment inexistantes, alors que le besoin de documentation est énorme. Les études montrent en effet que les FSF ont environ cinq fois plus de « chances » d’être infectées par une IST que les femmes strictement hétéro (environ 15% de probabilité contre 3% pour les femmes hétéro). Outre le fait que les FSF ont, selon les études, plus de partenaires que les autres (notamment en début de parcours, lorsqu’elles se « cherchent »), le manque de suivi gynéco régulier n’est évidemment pas étranger à ces inquiétantes statistiques, que ce soit par manque d’information ou parce qu’il est parfois difficile de trouver un gynéco friendly.

Il aura pourtant fallu attendre 2009 pour qu’une commission « FSF » à part entière soit créée au sein de la Direction Générale de la Santé (DGS), et 2011 pour qu’un financement public soit accordé par l’Institut national de prévention et d’éducation pour la santé (INPES) à la publication d’une brochure. Ce qui donnera le guide « Tomber La Culotte », que l’on peut trouver dans la plupart des associations de prévention, dans les centres du Planning Familial, au centre LGBT d’Ile de France ou encore aux PlayNight, les fameuses soirées « sexe » réservées aux femmes et aux trans, organisées par FloZif.

Globalement, la prévention dédiée aux FSF doit encore beaucoup aux initiatives individuelles, et même dans les espaces militants consacrés à la santé et/ou aux luttes LGBT, les FSF sont souvent les premières sacrifiées lorsque les budgets diminuent.

Après cette mise en contexte quelque peu révoltante, nous échangeons longuement : par où commencer pour inverser la tendance ? Comment acquérir les bons réflexes ? Malgré la diversité des parcours personnels et militants des participantes, c’est surtout les (ou plutôt l’absence de) représentations qui semblent en cause : à part dans le porno hétéro où des « lesbiennes » sont là pour exciter l’homme, la sexualité entre femmes est invisibilisée : c’est une sexualité qui serait passive, sans pénétration, et donc sans risques pour la santé… Dès lors, pourquoi une prévention dédiée ? En retour, l’absence de prévention dédiée aux FSF donne l’impression qu’entre femmes, « ce n’est pas vraiment du sexe »… Même si de nouvelles représentations émergent grâce à quelques initiatives militantes (les films d’Emilie Jouvet par exemple), le manque à combler est énorme.

Bref, nous toutes dans la salle avons donc des lacunes et besoin d’apprendre ! Les intervenantes partagent alors avec nous, pendant la deuxième partie de l’atelier, leurs expériences et conseils de safe-sex. Première étape, se débarrasser de nos craintes et tabous qui font que souvent, l’on n’ose pas aborder la question avec sa ou ses partenaires, surtout au début d’une relation ou pour un coup d’un soir. Avoir des pratiques safe, c’est non seulement respecter son corps et le corps de l’autre, mais de plus l’usage du préservatif, de la digue dentaire, des gants en latex ou du gel peut ajouter un aspect ludique voire sensuel…

Quelques conseils de base en terme de prévention :

– En l’absence de gants, se laver les mains et privilégier les ongles courts pour réduire le risque d’infection.

– Le préservatif externe (dit « masculin »), si vous utilisez un gode, pour prévenir toute allergie au caoutchouc, éviter la transmission d’IST mais aussi simplifier l’entretien du sex-toy en question (un lavage à l’eau et au savon suffira). Enfin, attention à la date de péremption : une fois dépassée, le préservatif devient poreux et donc inefficace.

– Le préservatif interne (dit « féminin »), qui a l’avantage de pouvoir être posé en avance en prévision d’un rapport sexuel (jusqu’à 8h !) et peut être gardé tout le long de votre (longue) nuit.

– Le gel : privilégiez les gels à base d’eau pour être certaine qu’il convient à votre sex toy (ceux en latex notamment) et prévenir les allergies. Evitez les « gels improvisés » (type huile de massage) : les matières grasses rendent le préservatif poreux et peuvent aussi provoquer des allergies et/ou infections.

– Les gants en latex qui préviennent également des infections, notamment si vous n’avez pas la possibilité de vous laver les mains avant un rapport et pour éviter des lésions (à cause des ongles longs) qui sont autant de portes d’entrée pour les IST.

– Et la « digue dentaire » qui malgré un nom quelque peu barbare est bien utile lors d’un cunnilingus ou annulingus pour protéger, là aussi, des IST (ou du VIH si présence de sang) et peut devenir très ludique avec la pratique. Elle s’achète en pharmacie ou se fabrique à partir d’un préservatif ou de film alimentaire (celui qui ne passe pas au micro-ondes !)

Pour en savoir plus :

« Tu sais quoi? » , les vidéos de prévention par Yagg : http://tusaisquoi.yagg.com/

« Tomber La Culotte ! », consultable en ligne ou à télécharger ici : http://www.sida-info-service.org/?Tomber-la-culotte-Pour-s-informer

Les soirées « PlayNight » à Paris : https://www.facebook.com/pages/PlayNight-Paris/111381055559933?ref=ts&fref=ts

Notre live-tweet de l’atelier : https://twitter.com/assofieres

 

Camille C.

 

 

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3 réflexions au sujet de « Vous avez raté l’atelier « Plaisirs et prévention pour les femmes ayant des relations sexuelles avec d’autres femmes » à la Queer Week ? Séance de rattrapage. »

    A. a dit:
    30 mars 2014 à 14 h 47 min

    Bonjour,

    1. Pourriez-vous justifier et préciser votre conseil « privilégier les ongles courts » ??

    Il me semble que des ongles longs propres et correctement limés ne présentent pas de risque ! (Bien moins que des ongles courts dégueulasses).
    (Ce qui n’empêche pas de conseiller l’usage de gants).

    Je trouve que cela stigmatise encore une fois les meufs qui portent les ongles longs, dans un milieu lesbien déjà pourri par des tas de préjugés excluant (je pense particulièrement à la femphobie (= préjugés excluant envers les lesbiennes, bies, femmes trans, etc., se définissant comme fem ou perçue comme féminines).

    Et puis cette formulation « privilégier »… ça signifie : « portez les ongles courts » ou « couchez de préférence avec des meufs aux ongles courts » ? (j’en rajoute peut être un peu, mais ce terme accentue la stigmatisation).

    2. Puisqu’on parle d’ongles, une question revient souvent dans les discussions : savez-vous si le vernis à ongle représente des risques? (question qui concerne les ongles longs, mais aussi courts, hi hi)

      fieres75 a répondu:
      30 mars 2014 à 14 h 56 min

      Bonjour,
      la formulation est peut-être maladroite ; il ne s’agit que d’exprimer le fait que les ongles courts comportent moins de risques de « blesser » la ou les partenaires et donc moins de risques de provoquer infections et/ou saignements. C’est pour cela que l’article stipule que si vous avez les ongles longs, l’usage de gants est fortement conseillé ; mais en l’absence de gants, les ongles courts restent une façon d’éviter ce genre de problème (nous allons reformuler l’article, en effet). Pour le vernis, nous sommes désolées, la question n’a pas été abordée dans l’atelier mais n’hésitez pas à poser la question sur le Facebook de « Tomber la culotte ».

    A. a dit:
    30 mars 2014 à 23 h 51 min

    Merci d’avoir pris en compte mes remarques, mais ça me semble encore insuffisant.
    Si les personnes se mettent à flipper à la vue d’ongles longs ça craint et ça peut devenir encore plus excluant ! (En plus de la stigmatisation dont sont déjà victimes les meufs féminines et les meufs qui ont les ongles longs. Déjà entendu : « une meufs avec les ongles longs c’est pas une vrai lesbienne » ou « j’aimerais pas avoir ça dans la chatte »). Alors si on leur donne du grain à moudre, ça va pas s’arranger !
    C’est comme si vous disiez qu’il y a moins de risques à coucher avec une personne qui a (eu) peu de partenaires. Certes, moins on a de partenaires et moins on risque quoique ce soit. Mais, ce serait stigmatisant et excluant pour les multipartenaires et non exclusifs/ves.

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