Mois: mars 2014

Vous avez raté l’atelier « Plaisirs et prévention pour les femmes ayant des relations sexuelles avec d’autres femmes » à la Queer Week ? Séance de rattrapage.

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(Atelier organisé par FièrEs et la Queer Week, en partenariat avec FloZif de PlayNight Paris et Coraline Delebarre, co-responsable de la brochure « Tomber La Culotte »)

Pourquoi un atelier « Plaisirs et prévention pour les femmes » ? D’abord parce que, reconnaissons-le : nous avons encore souvent du mal à associer « prévention » et « ludique », « safe-sex » et « plaisir(s) ». Faute d’information et de pratique, à en croire FloZif, qui nous apprendra que même la redoutée digue dentaire peut être sensuelle. Les intervenantes nous ont montré que l’on peut appréhender la prévention sous l’angle des « plaisirs », thème de cette nouvelle édition de la Queer Week. Ensuite parce que les « FSF » (l’acronyme utilisé tout au long de l’atelier pour désigner toutes les femmes ayant des relations sexuelles avec des femmes, qu’elles se déclarent lesbiennes, bies, fluides ou même hétéro) sont les oubliées de la prévention. C’est d’abord le cas à l’école. Les cours d’éducation à la sexualité ne concernent bien souvent que la sexualité dite « reproductive », donc hétérosexuelle. Les participantes de l’atelier sont unanimes : « on apprend à mettre une capote sur une banane ! ».

Concernant les politiques publiques de santé, le constat est le même : les FSF sont toujours considérées comme faisant partie de la catégorie « femmes » (sous-entendu : hétéro) ou « LGBT ». Leurs spécificités ne sont donc jamais prises en compte. La salle était sidérée d’apprendre que les FSF sont considérées comme trop minoritaires, et donc leur potentialité de contamination aux Infections Sexuellement Transmissibles (IST) ou Maladies Sexuellement Transmissibles (MST) trop faible pour être considérée comme un enjeu de santé publique (!). Résultat, les campagnes et brochures consacrées aux FSF sont quasiment inexistantes, alors que le besoin de documentation est énorme. Les études montrent en effet que les FSF ont environ cinq fois plus de « chances » d’être infectées par une IST que les femmes strictement hétéro (environ 15% de probabilité contre 3% pour les femmes hétéro). Outre le fait que les FSF ont, selon les études, plus de partenaires que les autres (notamment en début de parcours, lorsqu’elles se « cherchent »), le manque de suivi gynéco régulier n’est évidemment pas étranger à ces inquiétantes statistiques, que ce soit par manque d’information ou parce qu’il est parfois difficile de trouver un gynéco friendly.

Il aura pourtant fallu attendre 2009 pour qu’une commission « FSF » à part entière soit créée au sein de la Direction Générale de la Santé (DGS), et 2011 pour qu’un financement public soit accordé par l’Institut national de prévention et d’éducation pour la santé (INPES) à la publication d’une brochure. Ce qui donnera le guide « Tomber La Culotte », que l’on peut trouver dans la plupart des associations de prévention, dans les centres du Planning Familial, au centre LGBT d’Ile de France ou encore aux PlayNight, les fameuses soirées « sexe » réservées aux femmes et aux trans, organisées par FloZif.

Globalement, la prévention dédiée aux FSF doit encore beaucoup aux initiatives individuelles, et même dans les espaces militants consacrés à la santé et/ou aux luttes LGBT, les FSF sont souvent les premières sacrifiées lorsque les budgets diminuent.

Après cette mise en contexte quelque peu révoltante, nous échangeons longuement : par où commencer pour inverser la tendance ? Comment acquérir les bons réflexes ? Malgré la diversité des parcours personnels et militants des participantes, c’est surtout les (ou plutôt l’absence de) représentations qui semblent en cause : à part dans le porno hétéro où des « lesbiennes » sont là pour exciter l’homme, la sexualité entre femmes est invisibilisée : c’est une sexualité qui serait passive, sans pénétration, et donc sans risques pour la santé… Dès lors, pourquoi une prévention dédiée ? En retour, l’absence de prévention dédiée aux FSF donne l’impression qu’entre femmes, « ce n’est pas vraiment du sexe »… Même si de nouvelles représentations émergent grâce à quelques initiatives militantes (les films d’Emilie Jouvet par exemple), le manque à combler est énorme.

Bref, nous toutes dans la salle avons donc des lacunes et besoin d’apprendre ! Les intervenantes partagent alors avec nous, pendant la deuxième partie de l’atelier, leurs expériences et conseils de safe-sex. Première étape, se débarrasser de nos craintes et tabous qui font que souvent, l’on n’ose pas aborder la question avec sa ou ses partenaires, surtout au début d’une relation ou pour un coup d’un soir. Avoir des pratiques safe, c’est non seulement respecter son corps et le corps de l’autre, mais de plus l’usage du préservatif, de la digue dentaire, des gants en latex ou du gel peut ajouter un aspect ludique voire sensuel…

Quelques conseils de base en terme de prévention :

– En l’absence de gants, se laver les mains et privilégier les ongles courts pour réduire le risque d’infection.

– Le préservatif externe (dit « masculin »), si vous utilisez un gode, pour prévenir toute allergie au caoutchouc, éviter la transmission d’IST mais aussi simplifier l’entretien du sex-toy en question (un lavage à l’eau et au savon suffira). Enfin, attention à la date de péremption : une fois dépassée, le préservatif devient poreux et donc inefficace.

– Le préservatif interne (dit « féminin »), qui a l’avantage de pouvoir être posé en avance en prévision d’un rapport sexuel (jusqu’à 8h !) et peut être gardé tout le long de votre (longue) nuit.

– Le gel : privilégiez les gels à base d’eau pour être certaine qu’il convient à votre sex toy (ceux en latex notamment) et prévenir les allergies. Evitez les « gels improvisés » (type huile de massage) : les matières grasses rendent le préservatif poreux et peuvent aussi provoquer des allergies et/ou infections.

– Les gants en latex qui préviennent également des infections, notamment si vous n’avez pas la possibilité de vous laver les mains avant un rapport et pour éviter des lésions (à cause des ongles longs) qui sont autant de portes d’entrée pour les IST.

– Et la « digue dentaire » qui malgré un nom quelque peu barbare est bien utile lors d’un cunnilingus ou annulingus pour protéger, là aussi, des IST (ou du VIH si présence de sang) et peut devenir très ludique avec la pratique. Elle s’achète en pharmacie ou se fabrique à partir d’un préservatif ou de film alimentaire (celui qui ne passe pas au micro-ondes !)

Pour en savoir plus :

« Tu sais quoi? » , les vidéos de prévention par Yagg : http://tusaisquoi.yagg.com/

« Tomber La Culotte ! », consultable en ligne ou à télécharger ici : http://www.sida-info-service.org/?Tomber-la-culotte-Pour-s-informer

Les soirées « PlayNight » à Paris : https://www.facebook.com/pages/PlayNight-Paris/111381055559933?ref=ts&fref=ts

Notre live-tweet de l’atelier : https://twitter.com/assofieres

 

Camille C.

 

 

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La Queer Week 2014 commence aujourd’hui !

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Du 24 au 28 mars, le grand méchant gender envahit Sciences Po Paris. Pour sa cinquième édition, la semaine des genres et des sexualités aura pour thème « les plaisirs ». 

Ateliers, conférences, débats, projections : il y en aura pour tous les goûts. Cette année, le programme devrait particulièrement plaire aux lesbiennes et bisexuelles, avec entre autres :

–       un atelier organisé par FièrEs sur le thème : « Plaisirs et prévention, pour les femmes ayant des relations sexuelles avec d’autres femmes ». Les intervenantes seront FloZif, organisatrice de la soirée Playnight, et Coraline Delebarre, co-responsable de la brochure « Tomber la culotte ».

–       une conférence sur « Les lieux de plaisir lesbiens du début du xxe siècle à nos jours : de l’invisibilité lesbienne dans l’espace public »,

–       un atelier « massages et jeux de cordes » réservé aux femmes

Assez rare pour que cette initiative soit soulignée, Maud-Yeuse Thomas et Karine Espineira (co-fondatrices de l’Observatoire des transidentités et co-rédactrices de la Transyclopédie avec Arnaud Alessandrin) animeront un atelier sur « la réappropriation des corps trans par les trans elles/eux-mêmes ».

En bref, une programmation éclectique, un thème alléchant, alors cette semaine… faites-vous plaisir !

Programme complet : http://queerweek.com/

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Vanessa D.

 

Vers la parité politique : en ramant mais sûrement

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Le 23 mars 2014 aura lieu le 1er tour des élections municipales. Mise en pratique d’une parité renforcée, ces élections verront logiquement plus de femmes élues dans les conseils municipaux. Mais la parité totale en politique reste une chimère.

Un pas de plus vers la parité politique. Voilà à quoi nous assisterons lors des résultats définitifs des élections municipales le dimanche 30 mars 2014. Ce sera la conséquence directe de la loi votée en mars 2013 qui étend le champ d’application de la parité. Les listes se présentant dans les communes de plus de 1000 habitants se doivent désormais d’être strictement paritaires. Aux dernières municipales, seules les communes de plus de 3500 habitants étaient soumises à cette obligation. Cette année donc, 6500 communes en plus  sont concernées par la parité. Pour Bernard Malignier, spécialiste du droit électoral français,  « 17 000 femmes deviendront conseillères municipales pour aboutir à un chiffre de 85 000 femmes dans les conseils municipaux », c’est-à-dire quasiment la moitié des sièges.

Campagne Care France pour les municipales 2014
Campagne Care France pour les municipales 2014

Si la parité politique est étendue pour 2014, c’est qu’elle fonctionne ! En effet, cette victoire féministe remportée en 2000 a largement fait ses preuves. Les effets ont été directs surtout sur les scrutins locaux. Alors qu’en 1995 seuls 25% des conseillers municipaux étaient des femmes, elles étaient 47,5% dès 2001. Les conseillers régionaux aujourd’hui sont quasiment pour leur moitié des conseillères. Une politique des petits pas qui porte donc ses fruits. Et qui tord le cou à ceux qui, opposés à une telle loi, préféraient laisser la société atteindre à son rythme et sans contraindre la parité, quitte à attendre encore des siècles !

Et les communes de moins de 1000 habitants dans tout ça ? Elles restent les seules exemptées d’une obligation paritaire. Elles représentent quand même 67% des communes de France mais peinent souvent à compléter leurs listes. Alors des listes paritaires… Le maire d’Oisseau, commune de 1200 habitants en Mayenne craint d’ailleurs la constitution de listes paritaires : « J’approuve totalement l’idée mais dans ma petite commune, je n’arrive pas à trouver suffisamment de candidates ».

Têtes de listes paritaires … plus ou moins

Si les listes deviennent paritaires, les têtes de liste le sont-elles ? Les résultats des dernières municipales ont donné aux femmes une maigre portion des sièges de maire : 14%. La capitale joue néanmoins le jeu. A Paris, pour 20 arrondissements, l’UMP et le PS avancent chacun 10 femmes têtes de listes. Elles sont 9 au Parti de Gauche. Envoyées dans des arrondissements ingagnables comme c’est souvent le cas ? Les résultats nous le diront mais le Parti de Gauche pour se mettre à couvert des critiques dit avoir placé des femmes dans des arrondissements où la gauche a du poids.

Etrangement, loin des projecteurs médiatiques de Paris, les partis politiques à Lyon sont moins enclins à présenter des femmes têtes de listes. Dans ses 9 arrondissements, l’UMP-UDI ne présente que 2 femmes. Le PS n’en présente que 3.

Parité aux scrutins nationaux ? Pas pour tout de suite

Mais la loi sur la parité en politique rencontre encore des résistances. Les scrutins nationaux restent peu inquiétés. Les sénateurs élus indirectement peuvent dormir sur leurs deux oreilles. A l’Assemblée Nationale, les hommes occupent encore 75% des sièges. François Fillon en 2010 ne le cachait pas : « On préfère payer quand c’est encore possible de le supporter » faisant référence à la baisse des dotations publiques auxquelles doivent faire face les partis qui n’envoient pas assez de femmes au Parlement. La loi sur l’égalité femmes/hommes votée en janvier 2014 prévoit un renforcement des sanctions financières à partir des législatives de 2017. Les partis préfèreront-ils payer encore longtemps ?

Noémi M.

Journée internationale pour les droits des femmes : deux manifestations, un seul combat – l’égalité

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FièrEs appelle à manifester dans l’un ou l’autre cortège prévu le samedi 8 mars à Paris et partout ailleurs en France et dans le monde à l’occasion de la Journée Internationale de lutte pour les droits des femmes.

Chaque année, des milliers de femmes et d’hommes marchent ensemble le 8 mars pour lutter pour les droits des femmes. Droits acquis ou non, mais toujours constamment remis en cause : droit à disposer de son corps avec l’accès à l’IVG libre et gratuit et à la Procréation Médicalement Assistée, droit à avoir un poste avec un salaire égal pour un travail égal, droit d’occuper l’espace public sans être harcelées, battues, violées, droit à vivre librement son genre et sa sexualité, etc. Le 8 mars rappelle chaque année que l’égalité réelle est encore loin et l’importance des combats féministes.

FièrEs condamne fermement les attaques directes contre les avancées féministes qui ont ponctuées l’année 2013 et ce début 2014 : assauts contre la déconstruction des stéréotypes de genre permettant de lutter contre les inégalités femmes/hommes, rues et sorties d’écoles prises par les réactionnaires à grand renfort médiatique, masculinistes écoutés et cités par le gouvernement, contestation du droit des femmes à disposer de leurs corps. Les espagnoles vont devoir passer la frontière pour avorter… et les lesbiennes et les célibataires vivant en France vont devoir continuer de la passer pour effectuer une PMA. Quant aux LGBT-phobies, elles ont désormais le statut d’opinion politique à part entière.

Autant de raisons de se rassembler, autant de raisons de marcher. Il est donc regrettable que ce 8 mars 2014 marque le clivage entre deux mouvements féministes antagonistes qui organisent deux cortèges distincts à Paris, l’un au départ de Bastille, l’autre au départ de Belleville. Parce que la Journée Internationale de lutte pour les droits des femmes devrait mettre en avant ce qui nous rassemble (et les sujets ne manquent pas) plutôt que ce qui nous divise et que le féminisme a besoin de moments d’unité pour se faire entendre, FièrEs a décidé de ne pas se positionner pour l’un ou pour l’autre et marchera dans les deux cortèges.

FièrEs d’être féministes, fièrEs de nos luttes, nous pensons que les sujets clivants ne devraient pas nous empêcher de construire un mouvement féministe fort et cohérent. Nous espérons pour l’avenir que les organismes féministes sauront travailler ensemble à l’organisation d’un 8 mars rassemblé et rassembleur, en mettant de côté les débats et controverses qui traversent le mouvement, provoquant certes des divisions mais témoignant également d’un dynamisme et d’un souffle militant que nous souhaitons voir perdurer.

Le 8 mars est une journée symboliquement trop forte pour que les désaccords et divisions du mouvement féministe n’en éclipsent son importance. Faisons de ce 8 mars un rendez-vous solidaire annuel et incontournable de la lutte pour les droits des femmes : tant de luttes restent à mener !